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Adrien Rauline
Conseil et Cours de piano
Transcriptions musicales
Vulgarisation de la musique classique
pour les petits et les grands
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Adrien Rauline
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pour les petits et les grands

Briller en société avec Ravel...

J’espère que vous allez bien et que Mozart vous est un peu plus familier depuis votre lecture de la dernière fois (sans forcément faire comme moi, qui l’embrasse tous les soirs avant de m’endormir…). J’ai envie aujourd’hui de vous faire découvrir un autre de mes amoureux: Maurice Ravel. Un film, Boléro, est sorti il y a quelques temps à son sujet. Vous voulez pouvoir briller auprès de vos proches ?
Tendez donc l’oreille.
Ravel, d’abord, ce n’est pas que le Boléro! Comme le prouve le titre de son biopic que j’évoquais en introduction… Boléro. D’accord, l’argument est mal choisi, mais Ravel est l’auteur d’une oeuvre conséquente. 2 concertos pour le piano, une sonatine pour le même instrument et quatre grands cycles merveilleux (Gaspard de la Nuit, Miroirs, le Tombeau de Couperin, les Valses nobles et sentimentales).
S’il a, comme vous devez le soupçonner, privilégié le piano qui était son instrument, il a aussi écrit notamment une oeuvre (Introduction et Allegro) pour harpe, cordes, flûte et clarinette, une sonate pour violon et violoncelle, mis en musique 3 poèmes de Mallarmé pour soprano, deux flûtes, deux clarinettes, piano et quatuor à cordes. Citons encore le cycle de mélodies des Histoires Naturelles, sur des textes de Jules Renard, où dès 1906 il renouvelle la déclamation française; ses deux opéras l’Enfant et les Sortilèges et l’Heure espagnole, tout un monde tendre et grinçant à eux seuls; bref, une oeuvre éclectique, pleine de subtilités et de surprises.
Ravel, ce n’est pas que le Boléro, d’accord, mais à quoi ce fameux Boléro doit-il sa célébrité? À une seule chose en fait: l’incroyable crescendo orchestral qu’il réalise. Et ça c’était très novateur! Écoutez donc les 10 premières secondes du Boléro, puis mettez votre souris sur les trente dernières secondes. Vous aurez bien entendu que la musique est beaucoup plus forte à la fin qu’au début!

Le volume sonore augmente de manière continue dans cette oeuvre. Et pour ça, Ravel pouvait choisir la facilité et simplement indiquer aux instruments de jouer plus fort sur la partition. Mais, dans son génie, il choisit certes d’indiquer  « plus fort », mais surtout de faire jouer des instruments de plus en plus sonores à mesure que la musique avance. Au début, on entend la flûte seule, puis le hautbois prendra le relais, puis la trompette et des groupes d’instrument à la sonorité de plus en plus large et imposante. On parlera donc de crescendo orchestral. Réécoutez donc les trois premières minutes du Boléro pour apprécier cet effet.
Début à 40s
30s dernières secondes à 14'30

Maintenant que nous avons évoqué son grand tube, je peux vous parler d’une de ses grandes particularités: Ravel était un orchestrateur. Orchestrer, c’est savoir choisir les instruments de l’orchestre qu’il faut faire jouer en fonction de la couleur et de l’intention que l’on veut donner à la musique.

Il a beaucoup transformé ses pièces pour piano en pièces orchestrales, grâce à son talent d’orchestrateur, et pour moi l’exemple le plus frappant de son génie en la matière est l’orchestration d’Alborada Del Gracioso, quatrième pièce du cycle des Miroirs. On imagine donc notre Maurice à sa table de travail qui pense: « cette oeuvre serait merveilleuse jouée à l’orchestre. Seulement voilà, elle commence par un petit motif tout léger, or la sonorité de l’orchestre est souvent naturellement assez lourde, d’autres problèmes se posent encore: comment puis je faire? ».
Écoutez le début d’Alborada Del Gracioso au piano pour vous faire une idée de ces problèmes. La solution va être trouvée en confiant à la trompette ces notes répétées si importantes dans la dynamique; le début, lui, sera composé de pizzicati de cordes (c’est-à-dire que les musiciens vont pincer la corde de leur instrument au lieu de la frotter avec l’archet) et de harpe. Ainsi Ravel fait de l’orchestre un groupe harmonieux d’instruments solistes, qui gardent tous leur individualité.
Si il est tout à fait à part et assez inclassable, il s’inscrit dans un mouvement général d’ « individuation » des instruments orchestraux, qui prend à la fois racine dans l’art de l’orchestration de Berlioz, et dans les préoccupations du XXe siècle (les plus curieux d’entre vous iront écouter Farben de l’opus 16 de Schönberg). En faisant jouer ensemble des instruments qu’on ne pense pas forcément, « naturellement », à allier, Ravel crée des sonorités nouvelles, parfois volontairement âpres et toujours passionnantes. Je vous propose d’écouter Alborada Del Gracioso en entier, à l’orchestre, et je vous laisse jouir de la justesse du choix des instruments, fermer les yeux et imaginer les paysages fantastiques que pourrait faire naître dans votre esprit cette musique unique.
Sortons de notre rêverie. Finalement, Ravel, conservateur ou moderniste? Élève du compositeur Gabriel Fauré, très influent directeur du Conservatoire National de Paris, sa musique se ressent de son empreinte. On raconte néanmoins que les relations entre les deux hommes furent ambigües, Fauré reconnaissant le génie de Ravel, mais étant déconcerté par la modernité de sa musique. Son maître a transmis à notre Maurice le goût des harmonies complexes, recherchées, comme en témoigne l’oeuvre pour piano Jeux d’eaux, dédiée à Gabriel Fauré. Je vous invite à en écouter le début, et si elle vous plaît, à la laisser en entier!
N’allez pas croire toutefois que notre ami du jour est resté un étudiant soumis à une forme d’académisme ou à une quelconque posture scolaire! Très attaché, certes, à la tradition de la musique française et aux formes séculaires, il admirait aussi le musicien américain George Gershwin (admiration réciproque, pour l’anecdote, Gershwin ayant demandé un jour à Ravel des cours de composition). Le Blues de la Sonate pour violon n°2 est peut -être l’une des premières oeuvres à importer en France, dans le domaine de la musique occidentale « sérieuse » de tradition écrite, ces consonances d’Outre Atlantique. Donnez vous en donc un petit aperçu!
Cela vous plaît? Ce que je trouve fantastique dans la musique de Ravel, c’est la passerelle parfaite qu’elle constitue entre tradition et modernité. Ce 2e mouvement de sonate pour violon, celui que vous venez d’entendre, contraste avec les 1ers et 3èmes mouvements, écrits d’une manière beaucoup plus habituelle. Vous vous souvenez des Jeux d’eaux de tout à l’heure?
Ils s’inspirent fortement des Jeux d’eaux à la Villa d’Este écrits par Liszt, à peine une vingtaine d’années avant mais pourtant dans une esthétique encore romantique. Ravel, lui, produit une miniature pour piano avec des harmonies du XXe siècle et une virtuosité et une mélancolie peut-être encore, un peu, héritière du XIXe siècle. C’est là son mérite, et il est immense: son rôle de passeur dans l’histoire de la musique.
Allez, une dernière petite histoire et je vous laisse. Dernier point mais pas des moindres: il me semble impossible de négliger, dans son oeuvre, la dimension chorégraphique. Ravel, ami avec Ricardo Vines, pianiste espagnol, et originaire du pays basque, était imprégné de ces cultures où la danse avait une importance capitale. Sa vie est également marquée par sa collaboration avec les Ballets russes, troupe de danseurs, metteurs en scènes, chorégraphes et artistes de tous poils dirigée par le mécène Serge de Diaghilev.
Ravel compose pour eux Daphnis et Chloé, musique pour orchestre et choeur sans paroles. Toute son oeuvre se ressent de cette inspiration de la danse: peut-être Michel Fokine, un des créateurs les plus géniaux des Ballets russes, lui a-t-il enseigné quelques de ses réflexions sur la fluidité et la force poétique des mouvements… (Pour un moment de ravissement artistique, allez regarder la chorégraphie des Sylphides !)
Je vous laisse en compagnie de, pour moi, un de ses trois plus grands chefs d’oeuvre: le deuxième mouvement du concerto en sol. Cette pièce aussi porte, à sa manière, une réflexion sur le mouvement, puisqu’elle est un des seuls exemples de musique immobile que je connaisse. Comment, en musique, traduire l’idée de l’empêchement, de la résignation? Comment écrire sans donner de direction apparente à l’expression, comment écrire sur la seule force de la suspension? Je vous propose de converser avec Ravel, artiste funambule, en écoutant cette magnifique fresque de neuf minutes environ. J’espère avoir touché votre curiosité à propos d’un des plus merveilleux compositeurs français, et vous dis à très bientôt, en compagnie de quelqu’un d’autre…
Fin
© 2025 par Catherine van Dyk pour Adrien Rauline
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