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Adrien Rauline
Conseil et Cours de piano
Transcriptions musicales
Vulgarisation de la musique classique
pour les petits et les grands
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Adrien Rauline
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Une St Valentin en musique

Chers amis,

En ce beau temps qui revient, j’ai envie de penser à l’été qui approche doucement mais sûrement, aux plages, aux bains de mer, et à… la séduction. Mais comment ramener le garçon ou la fille de vos rêves dans vos bras simplement, comment séduire avec classe, avec la musique classique, c’est la question à laquelle nous nous apprêtons à répondre! C’est partie pour une petite histoire de la drague en musique, et après quoi, je vous garantis qu’Angelina Jolie et Ryan Gosling seront tous les deux à vos genoux.

À l’époque baroque, en amour, tout est affaire de magie, de trahison, de crime passionnel, globalement de radicalité. Les femmes trompées et mal mariées s’épanchent dans des airs furieux, pleins de virtuosité, chez Haendel et Vivaldi. L’amour est le prétexte à l’explosion des sentiments. Mais c’est vers une musique d’un caractère plus sobre que je souhaiterais attirer votre attention: une musique française évidemment, un peu de chauvinisme! En 1686, le compositeur Jean Baptiste Lully est au faîte de sa gloire. Il est l’auteur de ballets à succès, et depuis 1673 et Cadmus et Hermione, de tragédies lyriques (l’ancêtre de l’opéra), qui représenteront, pour beaucoup de compositeurs à venir, l’exemple le plus parfait de la belle tradition musicale de notre non moins beau pays.

En cette année 1686, le roi Louis XIV commande à son maître de chapelle un nouvel opéra sur un sujet qu’il choisit lui-même: la Jérusalem délivrée du Tasse, qui est peu la Casa de Papel de l’époque, une histoire dont tout le monde s’inspire fortement pour faire sa petite cuisine. L’oeuvre raconte l’amour déçu de la magicienne Armide pour le chevalier Renaud. Je voudrais vous faire entendre l’air dit du sommeil de Renaud, au moment où l’enchanteresse endort son amoureux pour, enfin, le posséder et faire naître des sentiments en lui par je ne sais quelle sinistre opération magique. Voilà un rendez vous amoureux qui a tous les attributs de ce que nous appellerions dans notre étrange dialecte contemporain un « red flag ». L’air n’en n’est pas moins sublime. Imprégnez-vous de l’atmosphère lancinante créée par les motifs aux cordes, qui semblent presque tournoyer sur eux-même: on dit qu’ils forment la ritournelle de la pièce.

On en serait presque hypnotisés, n’est-ce pas? Allez, à présent, un peu plus de joie? À l’époque classique, au XVIIIe siècle, l’amour semble se faire plus intime. On aime en secret, on se joue des non-dits, bref, Mozart avait quand même beaucoup plus de classe que certains hommes sur Tinder. Je vous propose justement aujourd’hui un peu de Mozart. Mon cher Mozart, tout génie qu’il était, était comme nous tous soumis aux problèmes de coeur. Et plutôt que de les garder pour lui, et de s’épancher à son meilleur ami dans une logorrhée peu dynamique, comme nous tous, il en fait un allegro de sonate pour piano! Des arpèges ascendants pour commencer- l’amour l’élève. Mais comme il est amoureux, il n’arrive pas à se concentrer sur son travail, alors il écrit à la mesure 71 de son allegro: « Sophie », et à la mesure suivante « Constanza ». Car oui, le grand génie est amoureux de deux femmes. Et deux soeurs en plus…

Il finit par épouser Constance, et ce qui est drôle à savoir, c’est que la pièce s’arrête à la mesure 91. On la joue aujourd’hui grâce à la bonne volonté de son ami Stadler, clarinettiste célèbre de l’époque, qui a bien voulu en achever la composition. J’imagine Mozart s’arrêter de travailler pour sauter dans les bras de sa nouvelle femme, s’exclamant: « plus besoin de sonate, mon choix est fait! » (En réalité c’était plus compliqué que ça, l’une l’a plus ou moins repoussé- mais je vous épargne les détails pour préserver le romantisme). Sauriez-vous repérer le moment à partir duquel la pièce n’est plus de lui? On l’écoute avec plaisir, ce après quoi on fera encore un voyage dans le temps. Je trouve que Constance, que Mozart appelait sa « très chère, excellente petite femme de mon coeur », avait bien de la chance!

Bien, imaginez-vous maintenant sur une plage estivale à Vienne, en 1893. Vous apercevez une femme ravissante au bord de l’eau, vous cherchez donc à engager la conversation, mais, malheur! Un monsieur barbu vous a damé le pion. Le monsieur barbu, c’est Johannes Brahms, et la femme Clara Schumann. Mariée au compositeur Robert Schumann, Clara a pourtant toujours aimé Brahms, platoniquement, ou pas… ça les regarde, de là où ils sont. En 1856, Brahms écrit « Ma bien aimée Clara, je voudrais, je pourrais t’écrire tendrement combien je t’aime et combien je te souhaite de bonheur et de bonnes choses.

 Je t’adore tellement que je ne peux pas l’exprimer. Je voudrais t’appeler par des chéries et d’autres termes affectueux ». Quand même suspect, vous trouvez pas? Sachant que Robert, le mari, meurt deux mois après, en plus… Enfin bref, le fait est que Brahms dédie à Clara, au crépuscule de sa vie, ses six pièces pour piano opus 118. Nous écouterons la deuxième pièce des six, notées « Andante teneramente », ce qui signifie en italien qu’elle dot être jouée à un tempo modérément allant et tendre. La pièce est titrée intermezzo, c’est-à-dire interlude.

Loin d’être une simple transition entre deux oeuvres plus importantes, l’intermezzo chez Brahms est le point culminant de son esthétique, le coeur des émotions. Brahms vole d’ailleurs cette idée d’ « esthétique de l’intermezzo », plus ou moins, à Schumann , qui avait bien marqué le coup avec l’intermezzo du Carnaval de Vienne, et tous ses cycles de petites pièces qui dépassent le simple stade de la pièce « de caractère » (écoutez sans regarder l’opus 12, les Davidbündlerstänze, l’opus 111, ou les Chants de l’aube). En plus de lui voler sa femme, Brahms lui vole donc un peu ses idées…
Je vous laisse donc, malgré tout, en immersion dans l’intermezzo opus 118 n°2, dans une forme très simple, la forme ABA’, appelée par certains forme « lied »: c’est la plus simple que l’on puisse écrire. Tout est fait pour laisser la place à l’émotion pure.

Voyageons une dernière fois, jusqu’au XXe siècle à présent. Nous sommes en 1948, tout est détruit de part le monde, mais tout est aussi à reconstruire. C’est peut-être ce que s’est dit Richard Strauss au moment de composer ses quatre derniers lieder. Octogénaire, Strauss était un géant épuisé. En 1933, il avait accepté la fonction de Président de la chambre de musique du Reich. Bien qu’il ait fait ce choix, il continue jusqu’au bout à soutenir son ami écrivain Stefan Zweig, artiste juif, dont il a d’ailleurs transformé l’histoire la Femme silencieuse en opéra. Sans adhérer à l’antisémitisme du régime nazi, pour quelques mauvais choix, il fut menacé par les tribunaux de dénazification. Strauss n’en pouvait plus.

Il est le représentant d’une tradition musicale qui va définitivement s’éteindre avec lui, celle du romantisme tel que l’incarnait notre Brahms de tout à l’heure. Les quatre derniers lieder seront son ultime chef d’oeuvre, et une déclaration d’amour à sa femme Pauline, chanteuse soprano pour laquelle il écrivait ses oeuvres. Écoutons Im Abendrot, au crépuscule, le dernier de ses dernier lieder. Si Strauss sentait poindre le crépuscule à la fois de sa vie et de tout un monde, je trouve une certaine sensualité apaisée à cette musique. La communion de la chanteuse avec un orchestre moins touffu que dans la production habituelle du compositeur (pensons à la Sinfonia Domestica ou à la Symphonie alpestre, deux sommets soit dit en passant) a une sonorité lumineuse. Le maître est parti en paix. C’est la sublime voix de Renee Fleming sur cette musique qui conclura sur une note poétique la chronique d’aujourd’hui. J’espère vous avoir fait découvrir avec autant de plaisir que j’ai eu à les présenter ces quelques lettres d’amour musicales, et vous dis à très bientôt!

Fin
© 2025 par Catherine van Dyk pour Adrien Rauline
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