Transcriptions musicales
Vulgarisation de la musique classique
pour les petits et les grands
J’ai alors développé une conviction. Si le grand public n’aime plus, on peut le dire la musique contemporaine, c’est parce qu’il n’en connaît que la façade hermétique: on a tous le désespérant souvenir d’un récital Boulez où des gens ont trituré de l’électronique sur des rythmes générés par sérialisme intégral en faisant semblant d’adorer avant de se jeter sur du Freddy Mercury au sortir de la salle. Mais la musique contemporaine, ce n’est pas soit Boulez, soit Queen. Il y a encore, de nos jours, largement une musique qui laisse place au coeur, aux émotions, qui est intellectuelle sans être le chantre d’une spéculation accessible à quelques initiés.
Je voulais vous faire cette petite présentation pour vous réconcilier avec la musique de notre époque à nous, et pas de celle de gens morts il y a longtemps, car même cette époque nous donne parfois des raisons de désespérer, elle accouche encore régulièrement d’enfants merveilleux.
N’allez donc pas croire: la musique minimaliste n’a rien de minimaliste ni d’ennuyeux. La répétition la rend hypnotique. L’objectif est de rendre la solitude de l’Homme moderne, la monotonie de son quotidien, mais aussi, avec un langage épuré à l’extrême, de s’élever vers une forme de spiritualité. On peut considérer Erik Satie, compositeur français originaire de la belle ville d’Honfleur (de très beaux souvenirs de vacances pour ma part!), comme un des précurseurs du mouvement minimaliste, notamment dans son oeuvre Vexations. Il y demande à l’interprète « Pour se jouer 840 fois de suite ce motif, il sera bon de se préparer au préalable, et dans le plus grand silence, par des immobilités sérieuses ». Il s’agit de questionner les limites de la performance musicale et d’éprouver le temps qui passe, idée qu’on retrouve chez Reich et Glass.
Où est l’amour de la tradition que je vous ai vendu, alors, me direz-vous, vu que je viens de citer deux libertés prises par rapport à ladite tradition? L’amour de la tradition se repère dans cette musique grâce à deux éléments essentiels:
de 1, l’utilisation des modes. Pour faire simple, à nouveau, la musique à partir du XVIIIe siècle se fonde sur un principe de tension-résolution: certains accords sonnent tendus et rudes, d’autres moins. Ceci est dû à l’invention progressive de la tonalité, c’est-à-dire de nos gammes modernes. La musique avant le XVIIIe siècle, en effet, n’était pas régie par ce principe de tension-résolution, mais par des modes, une autre sorte de gammes, où toutes les notes avaient à peu près le même caractère- aucune n’était plus tendue ou franchement plus détendue que l’autre. C’est cette idée de mode que Gorecki réutilise dans sa musique.
De 2, c’est aussi l’inclusion fréquente de canons qui prouve son attachement très fort à la tradition. Un canon est, on le rappelle, le départ en décalé de plusieurs instruments qui jouent la même musique: je suis sûr que vous avez tous essayé au collège sur Frère Jacques! Ces techniques de canon sont jugées souvent archaïques par les musicologues, (à quelques exceptions près- les plus curieux d’entre vous exploreront la musique d’Hindemith, de Chostakovitch, ou le fulgurant Par lui tout a été fait de Messiaen). C’est bien la preuve que Gorecki réutilise les outils du passé et les réactualise. Mais trêve de bavardages, écoutez la donc!
Pour, j’espère, achever de vous convaincre de la beauté de la musique des compositeurs de nos jours, une dernière petite pièce qui ne manquera pas de vous surprendre: une oeuvre de Lalo Schifrin. Ce nom ne vous dit rien? C’est bien possible, mais son oeuvre, j’en suis sûr, vous dira quelque chose, puisqu’il s’agit rien moins que du compositeur du… thème de Mission Impossible. Ce monsieur doit être bien offusqué que le grand public ne s’intéresse qu’à Mission Impossible: son oeuvre est belle, éclectique et riche.
À très bientôt pour de nouvelles aventures!