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Adrien Rauline
Conseil et Cours de piano
Transcriptions musicales
Vulgarisation de la musique classique
pour les petits et les grands
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Se réconcilier avec la musique contemporaine

Avez-vous déjà entendu parler de Répons ou du Marteau sans maître de Boulez? Des Rechants de Messiaen, des Klavierstücke de Stockhausen ou de Pithoprakta de Xenakis? Pour beaucoup d’entre vous, vous me répondrez que non- si ces titres vous rappellent quelque chose, bravo, vous avez une culture musicale impressionnante!- mais il suffit d’évoquer ces titres d’oeuvres contemporaines dans la rue pour comprendre qu’elles ne sont pas devenues des tubes au même titre que la musique d’un Mozart ou d’un Chopin. Pourquoi? Parce que ce genre de musique se fonde sur une démarche intellectuelle parfois très abstraite, préférant souvent la quête de « l’absence d’erreur » à la quête de beauté. Mais l’émotion fédère. La beauté fédère.

J’ai alors développé une conviction. Si le grand public n’aime plus, on peut le dire la musique contemporaine, c’est parce qu’il n’en connaît que la façade hermétique: on a tous le désespérant souvenir d’un récital Boulez où des gens ont trituré de l’électronique sur des rythmes générés par sérialisme intégral en faisant semblant d’adorer avant de se jeter sur du Freddy Mercury au sortir de la salle. Mais la musique contemporaine, ce n’est pas soit Boulez, soit Queen. Il y a encore, de nos jours, largement une musique qui laisse place au coeur, aux émotions, qui est intellectuelle sans être le chantre d’une spéculation accessible à quelques initiés.

Je voulais vous faire cette petite présentation pour vous réconcilier avec la musique de notre époque à nous, et pas de celle de gens morts il y a longtemps, car même cette époque nous donne parfois des raisons de désespérer, elle accouche encore régulièrement d’enfants merveilleux.

Je voudrais d’ailleurs commencer avec un compositeur vivant. Connaissez-vous le travail de Steve Reich? C’est un artiste américain qui s’inscrit dans le mouvement minimaliste, c’est-à-dire qu’il fonde sa musique sur la répétition et la transformation de toutes petites cellules mélodiques ou rythmiques. Vous connaissez, peut-être, d’ailleurs, Philip Glass, compositeur minimaliste comparse de Steve Reich, à qui on doit la poignante musique du film The Hours.

N’allez donc pas croire: la musique minimaliste n’a rien de minimaliste ni d’ennuyeux. La répétition la rend hypnotique. L’objectif est de rendre la solitude de l’Homme moderne, la monotonie de son quotidien, mais aussi, avec un langage épuré à l’extrême, de s’élever vers une forme de spiritualité. On peut considérer Erik Satie, compositeur français originaire de la belle ville d’Honfleur (de très beaux souvenirs de vacances pour ma part!), comme un des précurseurs du mouvement minimaliste, notamment dans son oeuvre Vexations. Il y demande à l’interprète « Pour se jouer 840 fois de suite ce motif, il sera bon de se préparer au préalable, et dans le plus grand silence, par des immobilités sérieuses ». Il s’agit de questionner les limites de la performance musicale et d’éprouver le temps qui passe, idée qu’on retrouve chez Reich et Glass.

Mais revenons donc à Reich, revenons à nos moutons-à notre mouton du jour. Je souhaiterais vous faire découvrir son oeuvre WTC 9-11, qu’il a composée après le 11 septembre 2001. Reich étant aussi scientifique dans l’âme, sa pièce est constituée de bruits des chaînes d’information qu’il a enregistrés ce jour-là, d’une partition pour quatuor à cordes et de beaucoup d’autres choses. Un hommage glaçant aux victimes de l’horreur, et une conception de la musique contemporaine débordante d’intelligence dans laquelle je vous invite à vous immerger maintenant.
Changeons un peu d’univers. Nous partons en Pologne chez M.Gorecki. Henri Gorecki est mort en 2010: il est donc presque vivant! Ce qui est sûr, c’est que sa musique, elle, est bien vivante. Ce brillant monsieur avait une pensée essentielle développée au fil du temps: pour faire simple, c’était mieux avant! Ce que certains ne contrediront pas. Enfin bref: l’important est que sa musique se ressent de son amour pour les choses du passé et de sa démarche pour remettre tout au goût du jour. Outre ses trois pièces dans le style ancien (c’est leur nom- au moins il est honnête!), je trouve sa symphonie n°3 absolument magistrale. Elle est sous-titrée Symphonie des chants plaintifs, et de fait, Gorecki fait intervenir une soprano qui chante des mélodies religieuses polonaises en même temps que les instruments de l’orchestre jouent (Vous savez peut-être, si vous me suivez depuis quelques articles, ou si vous êtes simplement très fort, qu’une symphonie est une pièce pour orchestre seul habituellement!). Par ailleurs, cette oeuvre n’est constituée que de trois mouvements lents, alors que la règle est le contraste entre mouvements rapides et lents.

Où est l’amour de la tradition que je vous ai vendu, alors, me direz-vous, vu que je viens de citer deux libertés prises par rapport à ladite tradition? L’amour de la tradition se repère dans cette musique grâce à deux éléments essentiels:

de 1, l’utilisation des modes. Pour faire simple, à nouveau, la musique à partir du XVIIIe siècle se fonde sur un principe de tension-résolution: certains accords sonnent tendus et rudes, d’autres moins. Ceci est dû à l’invention progressive de la tonalité, c’est-à-dire de nos gammes modernes. La musique avant le XVIIIe siècle, en effet, n’était pas régie par ce principe de tension-résolution, mais par des modes, une autre sorte de gammes, où toutes les notes avaient à peu près le même caractère- aucune n’était plus tendue ou franchement plus détendue que l’autre. C’est cette idée de mode que Gorecki réutilise dans sa musique.

De 2, c’est aussi l’inclusion fréquente de canons qui prouve son attachement très fort à la tradition. Un canon est, on le rappelle, le départ en décalé de plusieurs instruments qui jouent la même musique: je suis sûr que vous avez tous essayé au collège sur Frère Jacques! Ces techniques de canon sont jugées souvent archaïques par les musicologues, (à quelques exceptions près- les plus curieux d’entre vous exploreront la musique d’Hindemith, de Chostakovitch, ou le fulgurant Par lui tout a été fait de Messiaen). C’est bien la preuve que Gorecki réutilise les outils du passé et les réactualise. Mais trêve de bavardages, écoutez la donc!

Pour, j’espère, achever de vous convaincre de la beauté de la musique des compositeurs de nos jours, une dernière petite pièce qui ne manquera pas de vous surprendre: une oeuvre de Lalo Schifrin. Ce nom ne vous dit rien? C’est bien possible, mais son oeuvre, j’en suis sûr, vous dira quelque chose, puisqu’il s’agit rien moins que du compositeur du… thème de Mission Impossible. Ce monsieur doit être bien offusqué que le grand public ne s’intéresse qu’à Mission Impossible: son oeuvre est belle, éclectique et riche.

À très bientôt pour de nouvelles aventures!

Fin
© 2025 par Catherine van Dyk pour Adrien Rauline
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