Slide
Adrien Rauline
Conseil et Cours de piano
Transcriptions musicales
Vulgarisation de la musique classique
pour les petits et les grands
Slide
Adrien Rauline
Conseil et Cours de piano
Transcriptions musicales
Vulgarisation de la musique classique
pour les petits et les grands

Un peu de musique pour rendre votre enfant moins pénible?

Ha la parentalité… Cette tâche noble qui donne du sens à une vie et qui la rend parfois si compliquée… Parfois on peut se dire qu’un tout petit peu d’aide ne serait pas de refus pour construire cette vie à laquelle vous avez donné naissance. J’en sais quelque chose, j’ai moi-même été un enfant très pénible. Mais plutôt, aujourd’hui, qu’écouter votre ami psychologue vous bassiner sur Françoise Dolto, je vous propose d’écouter un peu de musique en ma compagnie virtuelle. Beaucoup de compositeurs ont écrit pour les enfants, réfléchi à ce que serait une bonne musique pour enfants. Mais musique classique et enfants, est-ce compatible? Un quart d’heure de Bach par jour peut-il empêcher votre petit de trois ans d’hurler son opinion très tranchée sur les rondeurs de la dame de devant dans la queue de la boulangerie? C’est ce que nous allons voir tout de suite.

Si un compositeur est associé à l’enfance dans l’imaginaire public, c’est bien Mozart. Et ce parce qu’il est peut être un peu resté enfant toute sa vie. Mort à trente cinq ans, Mozart n’a pas vraiment eu le temps de grandir, et a toujours grandi cette simplicité, cette humilité si belle de l’enfance. Composant ses premiers menuets à trois ans, il est aidé par son père Léopold, compositeur très en vogue (même si le pauvre sera bien éclipsé par son fils aux yeux de l’Histoire). Léopold l’emmène en tournée partout en Europe, où Wolfgang fait démonstration de ses facultés d’improvisation et d’interprétation extraordinaires. Il rencontre même à Schönbrunn, en Autriche, la future reine de France, Marie-Antoinette, devant laquelle il fait une mauvaise chute. La princesse le relève. Touché, il lui promet de l’épouser plus tard. Elle épousera un roi puis une lame mal placée, lui épousera Constance Weber, la preuve que les promesses de jeunesse sont très peu de choses…

Si Mozart garde cet esprit juvénile, toute sa vie, c’est sans doute parce qu’il ne se remet pas, psychologiquement, de la perte une fois adulte de l’effet « petit génie » qui avait fait sa célébrité. Du moins c’est mon hypothèse! Comme tout le monde, si certaines oeuvres ont du succès et lui assurent une rente confortable (qu’il s’empresse de dilapider), il fait aussi, parfois, face aux difficultés qu’un jeune compositeur impétueux peut rencontrer pour imposer sa légitimité. Une des plus belles pièces que lui inspire cette ombre permanente de l’enfance est sans doute le Trio des Quilles. C’est une pièce exceptionnelle (comme il y en a beaucoup chez Mozart me direz-vous, certes!): elle comprend une clarinette, instrument tout fraîchement inventé dont notre ami était tombé amoureux. Il fréquentait en effet l’orchestre de Mannheim, ensemble fondamental dans l’Europe du XVIIIe, qui fait beaucoup pour le développement de nouvelles sonorités orchestrales. Et c’est sous l’impulsion de son collègue Anton Stadler qu’il dédie plusieurs oeuvres à la clarinette, dont ce magnifique trio où elle est accompagnée de l’alto. La légende raconte que Mozart aurait eu l’inspiration de cette oeuvre en pleine partie de quilles, d’où le nom de trio des quilles! Je vous invite à écouter l’Andante introducteur.

On raconte que Mozart aurait composé ça pour une certaine Fransiska, la fille d’un ami viennois… Une belle lettre d’amour, ou d’amitié, qui sait? En parlant de lettre d’amour, je voudrais vous présenter une autre merveilleuse musique d’enfance. J’ai nommé les Kinderszenen de Schumann. Je vous brosse le tableau: Robert Schumann est follement amoureux de Clara Wieck, pianiste de génie, seulement problème, il y a un beau père méchant par là dessus. Rien de très original, me direz-vous, mais ce beau père est TRÈS pénible, et va jusqu’à s’opposer en justice au mariage. Pour oublier les turpitudes de son existence (ou pour les entretenir- on est romantique ou on ne l’est pas), Robert compose des petites pièces pour sa dulcinée.

Ainsi naîtront les Kinderszenen, scènes d’enfants en allemand, où il décrit d’adorables petites histoires mettant en scène la progéniture dont il rêvait avec Clara, avec plein de titres poétiques: presque trop sérieux, balade à cheval, colin-maillard… En les lui envoyant, il dit à son amoureuse: « il faudra oublier que tu es virtuose ». Il faut retrouver la fraîcheur et le naturel d’un enfant.

Petite parenthèse: ne suis-je pas en train de dévier de mon thème? Ces pièces de Schumann, sont-elles vraiment jouables par des enfants, écoutables par des enfants? Je vous invite, à nouveau, à faire votre idée et à écouter les deux dernières pièces du recueil (ou l’intégralité si vous avez du temps devant vous!)

Alors, cette musique est-elle pour les enfants? Alfred Cortot, immense pianiste du XXe siècle, disait qu’il fallait rêver la dernière scène, tant son caractère méditatif est profond. Elle exprime alors peut-être plus le regret de l’enfance que l’enfance elle-même.

Je voudrais conclure ce petit article qui nous replonge dans nos plus tendres années par un petit cycle de pièces: le Children’s Corner de Claude Debussy. Claude avait une fille: Chouchou de son petit surnom. Chouchou était bien entendu la chouchou incontestée de son père. Pour sa petite chérie il compose alors ce fameux Children’s Corner, dont les titres de pièces vous feront tous sourire avec nostalgie: Gradus ad Parnassum (une parodie d’un célèbre recueil d’exercices techniques pour le piano), la Berceuse de l’éléphant, Sérénade de la poupée, la Neige danse, le etit Berger, et Golliwog Cake’s walk, si on traduit: la marche de la poupée de chiffon. En dédicace de sa musique Debussy évoque sa fille et écrit: « avec les plus tendres excuses de son père pour ce qui va suivre ». Il ne fallait pas s’excuser, car nous avons là un magnifique recueil plein de poésie et de douceur, et une excellente introduction à son style plus « sérieux ».

Je crois que Debussy nous permet de répondre à notre question du jour. Pour savoir si la musique pour les enfants l’est réellement, citons Arthur Schnabel, célèbre pianiste, qui disait qu’en tant qu’enfant, on ne pouvait pas jouer Mozart parce qu’il y avait trop de notes, et qu’en tant qu’adulte, on ne pouvait plus le jouer parce qu’il n’y avait plus assez de notes. Voilà qu’on pourrait appliquer à tout notre programme du jour. Il y aurait un état idéal pour jouer la musique de l’enfance, qui serait l’adolescence: ce moment où l’on aurait des capacités techniques supérieures à celles de l’enfant, mais pas encore l’inhibition de l’adulte qui a besoin de la virtuosité pour ne pas se sentir comme nu sur scène? Je vous laisse avec cette méditation, et avec la seule chose importante à retenir: au fond de vous, pour que la musique devienne votre amie- et je vous jure que c’est une amie très fidèle- restez enfant.

Fin
© 2025 par Catherine van Dyk pour Adrien Rauline
Choix utilisateur pour les Cookies
Nous utilisons des cookies afin de vous proposer les meilleurs services possibles. Si vous déclinez l'utilisation de ces cookies, le site web pourrait ne pas fonctionner correctement.
Tout accepter
Tout décliner
En savoir plus
Functionel
Outils utilisés pour vous apporter des fonctionnalités lors de votre navigation, cela peut inclure des fonctions de réseaux sociaux.
Stripe
Accepter
Décliner
Analytique
Outils utilisés pour analyser les données de navigation et mesurer l'efficacité du site internet afin de comprendre son fonctionnement.
Google Analytics
Accepter
Décliner
Unknown
Unknown
Accepter
Décliner
Sauvegarder