Transcriptions musicales
Vulgarisation de la musique classique
pour les petits et les grands
Je ne sais pas vous, mais j’ai une autre passion dans la vie, personnellement, à part les arts: manger. Passion bien sûre toute aussi sérieuse! La musique et la nourriture ne sont-ils pas deux plaisirs des sens? J’ai déjà lu un certain nombre de livres qui nous raconte la cuisine des écrivains, mais bien rarement celle des musiciens. Aujourd’hui donc un petit repas à la française musicale qui ravira, je l’espère, vos papilles comme vos oreilles.
Commençons bien entendu, comme dans tous les repas dans notre beau pays, par l’entrée, Et qui de meilleur que Mozart pour ça? Il y a une petite pièce de piano amusante de Mozart qui se nomme la Tartine de beurre. Sa particularité est d’exercer la main droite de l’interprète à faire des glissendi, c’est-à-dire à glisser d’une touche de l’instrument à une autre, pour imiter le raclement du couteau sur une tartine. N’est-ce pas délicieux? J’ai envie néanmoins de coupler cette adorable petite musique avec une autre entrée, car je sais qu’une simple tartine ne suffira pas à vous rassasier, même si, avec Mozart, c’est un peu une tartine de beurre truffé que nous avons là.
Connaissez-vous Rossini? Survenu cinquante grosses (ou grasses) années après la mort de Mozart, le génie de Rossini, compositeur italien de dizaines d’opéras, a rendu fou l’Europe entière. Citons notamment le Barbier de Séville, qui contient un air pour baryton réputé comme un des plus difficiles de l’Histoire, vue la vitesse à laquelle il faut prononcer les mots « ha bravo Figaro bravo bravissimo » (Figaro étant l’un des personnages de l’intrigue). Essayes de dire ça vite et vous aurez une petite idée de la virtuosité et de l’allégresse qui inonde les oeuvres de ce joyeux compositeur. Seulement voilà, après avoir beaucoup travaillé, vers la quarantaine, Rossini était fatigué, et avait gagné assez d’argent pour se garantir une sécurité pour le restant de ses jours. Il a donc continué, plutôt que de continuer la musique, de s’adonner à sa deuxième passion: la cuisine! Lui est associé la recette du tournedos Rossini, tournedos de boeuf avec une escalope de foie gras poêlé et des lamelles de truffe noire. On arrive au point de notre histoire qui nous intéresse: devenu vieux, Rossini se dit que la musique, c’était quand même plus spirituel que le foie gras (quoique…) et se remet à composer. En découle une charmante série de pièces, qui seront regroupées sous le titre de Péchés de vieillesse. Et certaines sont consacrées à la cuisine! N’est-ce pas incroyable? Il y a une pièce qui s’appelle « Radis », une autre « Petit pois »… Comme c’est quand même meilleur que les légumes, je vous propose d’écouter le thème et variations « Anchois ». Le savez-vous? Un thème et variations, c’est quand une mélodie simple est réinventée, réinterprétée en beaucoup d’autres petits morceaux de musique. Je vous propose donc de vous imaginer manger de bons anchois à la parmesane précédés d’une tartine de beurre truffé.
Avez-vous apprécié les entrées? Bon, passons désormais aux plats, aux plusieurs plats que je vous ai préparés, ou plutôt que Léonard Bernstein vous a préparés. Vous le connaissez peut-être pour West Side Story, cette comédie musicale géniale dont il a réalisé la bande originale. Mais Bernstein, c’est loin d’être que ça! C’est des opéras comme Candide (1956), Mass (1971), trois symphonies, dont la poétique The Age of Anxiety notamment, et un cycle de mélodies pour mezzo et piano que nous écouterons aujourd’hui: La Bonne Cuisine. Imaginez-vous dans la cuisine du chef d’orchestre américain, et de sa femme Felicia, picorer quelques viandes: de la queue de boeuf et de la poitrine de poule, puis un peu de pudding. À chacun de ces aliments est associée une mélodie. Elles dévoilent une facette de Bernstein moins connue: moins sucrée et jazzy, mais plus acide, plus inspirée de compositeurs comme Stravinsky ou Bartok, pour lesquelles il avait une admiration particulière. Bon appétit!
Que diriez-vous désormais de quelques petits desserts? Après la queue de boeuf de Bernstein il faut bien un café pour digérer. Je vous propose donc le café de M.Bach! Un des grands aspects de l’oeuvre de Bach est la composition de cantates: pendant toute une période de sa vie il fut obligé d’en délivrer une par semaine pour l’office du dimanche (les cantates étaient chez lui des pièces pour chanteurs solistes, choeur et orchestre). Vous imaginez donc bien qu’il n’a pu garder son sérieux dans une telle quantité de musique! Je vous propose de vous plonger dans la cantate dite du café, qui raconte l’histoire d’un père tentant de réduire la consommation de café de sa fille. C’est une des rares oeuvres de ce genre sur un sujet profane de Bach. Chers amis, j’espère que vous aurez apprécié ce petit repas concocté par mes soins!